Le manifeste des acteurs du plastiques
20 avril 2020

LE DESSOUS DES PLASTIQUES : HEALTH CARE WITHOUT HARM

Déroulé de l'interview
Partie 1) Présentation
Partie 2) Les enjeux du plastique dans le secteur médical
Partie 3) Votre action contre la crise plastique
Partie 4) Bilan et vision d'avenir sur les enjeux des plastiques
Dans le cadre de notre initiative "Le dessous des plastiques" UTOPIA a échangé avec Arianna Gamba, membre de l'ONG Health Care Without Harm et responsable du projet "Toward a Plastic Free Healthcare". Health Car Without Harm est l'ONG leader mondiale en matière d'évaluation de l'impact environnemental du secteur de la santé. Depuis plusieurs années ils ont intégré la lutte contre les plastiques dans leur missions en raison des impacts sanitaire et environnementaux néfastes de l'usage des plastiques dans le secteur médical.
 

Partie 1 : présentation

Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Arianna Gamba et suis responsable de la politique d’achat et chargée de projet pour Health Care Without Harm Europe.
Quelle organisation représentez-vous ?
Je représente HCWH Europe, dont la mission est de transformer le secteur européen de la santé afin de réduire son empreinte écologique, pour qu’il devienne un point d’ancrage communautaire pour la durabilité, et un leader dans le mouvement mondial pour la santé et la justice environnementale.

Quel est votre lien avec les plastiques ?
Dans le cadre de mes responsabilités, je supervise plusieurs projets, dont le projet Towards plastic-free healthcare in Europe (Vers un système de santé sans plastiques en Europe) lancé en début d’année soutenu par la fondation Flotilla.
L’objectif de ce projet est de réduire les impacts sanitaires et environnementaux provoqués par l’usage de plastique dans les systèmes de santé européens. Dans la pratique, à travers ce projet nous espérons identifier des opportunités de minimiser l’utilisation de plastiques jetables et de les remplacer par des alternatives plus sures. À terme nous aimerions intégrer le modèle d’économie circulaire dans la pratique des soins de santé.
 

Partie 2 : Les enjeux du plastique dans le secteur médical



Parmi les problèmes suivants, selon vous, lesquels sont les plus importants ?
Problèmes économiques, politiques, techniques, environnementaux, de santé, juridiques.
En ce qui concerne l’usage de plastiques dans le secteur de la santé, je pense que tous ces problèmes jouent un rôle important et c’est pourquoi nous avons besoin d’une approche multilatérale et holistique.

Par exemple, en ce qui concerne l’économie, le plastique vierge est un des matériaux les moins chers à produire et à acheter rendant difficile la concurrence sur le marché des matériaux alternatifs ou recyclés. Mais bien sûr, le prix actuel des plastiques vierges ne prend pas compte les coûts sanitaires et environnementaux de ce matériau , issus de l’extraction du pétrole et du gaz, de l’exposition aux additifs toxiques, et des déchets générés.

Évidemment, ce genre de changements structurels nécessite une attention politique et une modification du cadre réglementaire. Par exemple, nous vivons maintenant avec la directive européenne sur les plastiques à usage unique, la politique a donc un rôle crucial à jouer. Mais une fois de plus, nous reconnaissons que les plastiques jouent un rôle important afin de dispenser des soins de santé et sauver des vies. Ils facilitent certaines procédures car ils peuvent être légers et faciles à transporter, ils peuvent être à la fois souples et résistants et possèdent plusieurs propriétés techniques qui peuvent être très utiles dans la pratique des soins de santé. Avant de remplacer certains éléments en plastique dans les établissements de santé, nous avons donc besoin d’une innovation et d’un développement technologique plus durable. Comme je l’ai déjà dit, l’utilisation des plastiques peut avoir un impact négatif à la fois sur la santé de l’Homme et sur celle de l’environnement. À terme, nous devons nous assurer que toutes les parties prenantes adoptent une approche holistique qui prend en compte l’impact de nos modèles de production et de consommation sur le long terme sans négliger les externalités négatives.

 
À votre avis, que serait-il judicieux de mettre en place pour régler ces problèmes ?

Nous avons besoin d’incitations commerciales à la fois push et pull, par exemple, en reflétant le prix réel des plastiques grâce à une taxe carbone et un système qui récompense ou encourage ceux qui mettent déjà en place des pratiques durables. Je pense que c’est très important de reconnaître le potentiel des marchés publics qui représentent environ 14 % du PIB européen annuel (dont les dépenses de santé représentent environ la moitié), parce que nous pouvons tirer profit du pouvoir d’achat du secteur public et créer un marché pour des solutions plus durables. En termes de politique, le nouveau Plan d’action de l’Union européenne en faveur de l’économie circulaire (publié au début d’année par la Commission européenne dans le cadre du European Green Deal) semble très prometteur, car, si bien appliqué, il peut aider à surmonter certains défi du marché de la santé liés à la durabilité tels que l’approvisionnement de biens durables disponibles sur le marché et le manque d’informations sur les produits.

Cependant, comme précédemment énoncé, la clé c’est la bonne mise en place de ce plan et le suivi de ces politiques. Nous avons également besoin d’un changement de mentalité : quand on parle de déchets, la clé c’est la prévention. Les personnes qui défendent les objets plastiques à usage unique les considéraient plus sûrs et plus simples à utiliser, mais de nombreux objets jetables, même dans le domaine de la santé, peuvent être fabriqués à partir de matériaux plus durables qui peuvent être désinfectés et réutilisés. L’utilisation de solutions réutilisables sures réduirait non seulement les déchets mais rendrait aussi les systèmes de santé plus résistants, en particulier en cas d’urgence de santé publique comme celle que nous avons connue avec la pandémie de Covid-19, où de nombreux prestataires de santé ont connu des pénuries de matériels essentiels comme les équipements de protection individuels (EPI).

 

Partie 3 : Votre action contre la crise plastique



Comment agissez-vous pour résoudre la crise des plastiques ?
Nous agissons à différents niveaux :
• Nous avons récemment commencé à mettre en place des projets pilotes avec des hôpitaux pour recueillir des données sur la consommation et l’élimination des plastiques mais aussi pour mieux comprendre quels sont les obstacles et les possibilités de réduire les plastiques à usage unique et non essentiels dans les établissements de santé. Tout en gardant bien sûr à l’esprit qu’il faut préserver une grande qualité de soin ainsi que la sécurité des patients.

• Nous sensibilisons nos membres et les décideurs politiques pour les informer les effets néfastes tant au niveau environnemental et sanitaire des plastiques. Au cours des 20 dernières années, HCWH s’est concentré sur les produits chimiques toxiques générés tout au long du cycle de vie des plastiques qui peuvent nuire à la santé des patients et des soignants, et polluant l’environnement ; les produits chimiques comme les phtalates utilisés dans la fabrication des poches à perfusion en PVC et les tubes souples, les dioxines qui sont générées durant la production et l’élimination du PVC qui peut également nuire à la santé de humaine. Durant les vingt dernières années, HCWH a aussi fait campagne sur les déchets, y compris les déchets plastiques, en mettant en place des stratégies comme la prévention, la réduction, le recyclage, le retraitement des plastiques utilisés, ainsi que sur les achats responsables écologiquement Ainsi, nous représentons essentiellement les intérêts et les expériences du secteur de la santé dans le débat politique afin d’aider les décideurs à prendre des décisions éclairées qui aident nos membres à atteindre leurs objectifs environnementaux, à réduire leur empreinte écologique et, en fin de compte, à protéger la santé des communautés qu’ils servent.

• Nous encourageons également le secteur de la santé à agir en tant que point d’ancrage communautaire pour la durabilité. Nous voulons inspirer, mobiliser et soutenir les qualités de leader du système de santé pour promouvoir la durabilité environnementale, les droits de l’Homme et le droit à la santé pour arriver à un changement transformationnel à grande échelle.


Où se limite votre action dans la résolution de cette crise plastique ?

Nous savons que l’HCWH ne peut pas atteindre ces objectifs ambitieux sans l’engagement et le dévouement de nos membres et sans la collaboration d’autres organisations de santé et de protection de l’environnement ainsi qu’avec des leaders de la durabilité qui travaillent pour les mêmes objectifs. Nous ne pouvons augmenter l’ampleur de notre impact qu’en collaborant avec toutes les parties prenantes concernées. Par exemple, dans notre activité d’achat, nous voulons tirer parti du pouvoir d’achat du secteur de la santé pour orienter les politiques et les marchés vers des produits et des services éthiques, sains et durables. Mais HCWH Europe ne produit pas et n’achète pas de produits médicaux, nous avons donc besoin d’inciter les acheteurs de soins de santé, les décideurs politiques et toute la chaine d’approvisionnement à agir dans ce domaine.
 

Partie 4 : Bilan et vision d'avenir sur les enjeux des plastiques



La crise du coronavirus a-t-elle changé la crise des plastiques ?
Nous agissons à différents niveaux :
Sur un plan pratique et très concret, nous constatons une augmentation spectaculaire de la consommation d’équipements de protection à usage unique, comme les gants et les masques. Mais de nombreux soignants sont conscients des conséquences négatives causées par la crise des plastiques et cette pandémie leur donne l’occasion d’essayer des solutions réutilisables en s’assurant qu’elles garantissent toujours la sécurité des patients et la protection des soignants.

Mais nous devons aussi rester vigilants car cette crise a aussi été utilisée par certaines industries pour repousser ou retarder les interdictions d’utilisation d’articles plastique à usage unique en prétendant que le plastique est le matériau hygiénique par excellence. Ces affirmations sont souvent infondées. En fait, des études récentes montrent que le virus peut survivre sur des surfaces en plastique jusqu’à quatre jours, soit plus longtemps que tous les matériaux testés.

Nous devons faire très attention, notamment en ce qui concerne les messages de santé publique et nous devons éviter de compromettre les efforts déployés jusqu’à présent pour lutter contre la crise des plastiques.

Nous sensibilisons nos membres et les décideurs politiques pour les informer les effets néfastes tant au niveau environnemental et sanitaire des plastiques. Au cours des 20 dernières années, HCWH s’est concentré sur les produits chimiques toxiques générés tout au long du cycle de vie des plastiques qui peuvent nuire à la santé des patients et des soignants, et polluant l’environnement ; les produits chimiques comme les phtalates utilisés dans la fabrication des poches à perfusion en PVC et les tubes souples, les dioxines qui sont générées durant la production et l’élimination du PVC qui peut également nuire à la santé de humaine. Durant les vingt dernières années, HCWH a aussi fait campagne sur les déchets, y compris les déchets plastiques, en mettant en place des stratégies comme la prévention, la réduction, le recyclage, le retraitement des plastiques utilisés, ainsi que sur les achats responsables écologiquement Ainsi, nous représentons essentiellement les intérêts et les expériences du secteur de la santé dans le débat politique afin d’aider les décideurs à prendre des décisions éclairées qui aident nos membres à atteindre leurs objectifs environnementaux, à réduire leur empreinte écologique et, en fin de compte, à protéger la santé des communautés qu’ils servent.

Comment a évolué la place des plastiques dans votre travail au cours des 10 dernières années ? et les 10 prochaines?
10 ans c’est peut-être un peu court, mais je dirais qu’à l’origine, dans le passé, les métaux, le verre et la céramique étaient utilisés pour les implants, les appareils et les supports médicaux. Les polymères plastiques ont remplacé ces matériaux car ils sont souvent plus adaptés à certaines applications, ils sont transparents, plus légers, et ont une meilleure biocompatibilité et un moindre coût. Ensuite, au cours des 30 dernières années, il y a eu une transformation progressive des produits réutilisables non plastiques vers des produits plastiques jetables dans les soins de santé. Comme je l’ai déjà dit, les arguments les plus courants en faveur de cette transition étaient l’accent accru mis sur la prévention et le contrôle des infections, et la rentabilité. Cela a eu un impact énorme sur la quantité de déchets produits. Practice Greenhealth aux États-Unis, a mené une enquête dont les résultats ont mis en évidence que de nombreux hôpitaux utilisent trop de plastiques et pourraient économiser des milliers de dollars grâce à de simples réductions. Aujourd’hui, de plus en plus d’études remettent en question le « bon sens » concernant l’utilisation des plastiques à usage unique dans la prévention et le contrôle des infections, et démontrent la possibilité de réduire, de réutiliser et de recycler à un taux beaucoup plus élevé. Il est évident que cela peut prendre un certain temps, peut-être plus de dix ans pour certains produits, mais cela ne signifie pas que les hôpitaux vont renoncer à trouver de nouveaux moyens de réduire les déchets plastiques.
Call Now Button